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Chroniques d’un ancien séminariste #5: l’entrée en scène de Pita

18 January 2017
Chroniques d'un ancien séminariste: l'entrée en scène de Pita

Aujourd’hui, c’est notre premier cours avec le professeur de latin.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa réputation l’a déjà précédé. Dans le séminaire, on le surnomme “Pita”.

Pita est un néologisme latin qui dans le langage des séminaristes signifie pâte d’arachide. La pâte d’arachide est l’aliment de base du séminariste. Non seulement elle est utilisée pour préparer la sauce d’arachide qu’il mange tous les jours, mais en plus, chaque séminariste doit d’avoir son pot de pâte d’arachide dans sa cantine pour tenir entre les repas et compenser les maigres portions. La pâte d’arachide a l’avantage de se conserver très longtemps à température ambiante. On la mange nature, légèrement salée ou sucrée, avec des bobolos, bâtons de manioc, ou avec du pain. Certains lorsqu’ils la préparent – car il est inimaginable d’opter pour de la pâte industrielle, de toute façon c’est peu répandu – y ajoutent du « mbounga » ou « bifaga », poisson fumé prisé par les ménages camerounais et que j’ai particulièrement en horreur. Avec la pâte d’arachide, le sacro-saint Tapioca est l’un des principaux aliments qui composent les vivres du séminariste. Cette fécule produite à partir de racines de manioc amer séchées puis traitée se mange avec de l’eau (qui la fait gonfler) et du sucre. Mais les séminaristes rivalisent d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de la mixer avec d’autres ingrédients pour le rendre plus consistant: certains le mangent avec du lait, d’autres y ajoutent de la pâte d’arachide ou des graines d’arachides crues; il y en a même qui y vont avec du chocolat à tartine tandis quelques effrontés (et aisés) font le tout à la fois. Les gens ont tellement faim qu’ils n’ont même plus peur de la diarrhée.  Continue Reading

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Chroniques d’un ancien séminariste #4: l’heure est venue pour le châtiment 1er

23 December 2016
Chroniques d'un ancien séminariste #4: le châtiment 1er

Aujourd’hui, ça fait un peu moins de deux semaines que je suis séminariste. J’ai réussi à survivre à la “chasse aux 6e” jusque là  et je m’en félicite vu le nombre de victimes qui sont tombées depuis le début mais, j’avoue que ça a été chaud.

J’ai commencé à exercer le travail de laveur de gamelles. Ce n’est pas aussi facile que je me l’imaginais. Je dois laver une trentaine de gamelles puis les ramener à l’intendance en seulement en dix minutes. Les éponges datent de l’an je-ne-sais combien avant J.C; quand il arrive qu’il y ait du savon, les plus anciens se l’accaparent mais surtout, le débit des trois robinets est extrêmement lent. J’ai presque toujours une dizaine de gamelles en retard sur les autres et, si certains acceptent de me filer un coup de main une fois qu’ils ont terminées toutes les leurs, ils me font bien comprendre qu’il n’en sera pas ainsi tous les jours. Grâce à eux, j’arrive à me rendre de justesse en cours une quinzaine de minutes après les autres. Je me demande véritablement si je vais pouvoir tenir le rythme.  A chaque lavage, je suis persuadé que mon heure est arrivée.

C’est l’heure de la prière. Ça fait une vingtaine de minutes que nous sommes assis à la paroisse, les yeux fermés, en train de répéter le même rituel: nous avons débuté par un signe de croix, puis avons récité le Notre père en coeur une fois, trois fois le Je vous salue, Marie, un Gloire soit le père et à présent, nous répétons le Je vous salue, Marie dix fois de suite avant de réciter de nouveau un Gloire soit le père, chanter un Magnificat, enchaîner sur d’autres prières avant de repartir sur une dizaine de Je vous salue, Marie – si mes souvenirs sont bons (tout ce dont je suis sûr, c’est qu’il faut répéter le Je vous salue, Marie dix fois de suite à 5 reprises). En fait nous sommes dans ce que les catholiques appellent la récitation du chapelet. Le chapelet est un objet de dévotion sous forme de collier de grains enfilé que l’ont fait passer successivement entre ses doigts en récitant les prières. Il figure en tête de la liste des fournitures du séminariste. Au petit séminaire, on le récite au moins une fois par semaine. Le mien a dû coûter un peu plus de 500 Francs CFA mais, certains possèdent de véritables œuvres d’art, probablement héritées de leurs familles. Continue Reading

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Chronique d’un ancien séminariste #3: que la fête commence!

21 December 2016
Chronique d'un ancien séminariste 3

Aujourd’hui, c’est lundi. La semaine d’immersion des 6e est officiellement terminée. Nous sommes désormais des séminaristes à part entière puisque nous sommes censés avoir parfaitement assimilé le règlement intérieur et avoir pris nos repères. A présent, les abbés ne nous feront plus de cadeau et nous nous ferons systématiquement fouetter comme tous les autres au moindre manquement. Les 5e qui ont vécu ce changement brutal l’année d’avant, se languissent de voir toutes les victimes que ça va faire. Les gérants tentent de nous rassurer et nous donnent le maximum de conseils et recommandations pour “survivre”.

Les premières victimes viennent de tomber. Depuis notre arrivée, il y a toujours quelques 6e qui “oublient” de se lever au 1er son de cloche.  Mais cette fois-ci, la cinquantaine de séminaristes qui couche dans leur dortoir a choisi de ne pas les réveiller. Ils sont donc en retard à la prière. Les hurlements qui viennent d’en bas et qu’on entend depuis la paroisse glacent le sang. En les voyant monter, les yeux enflés, tous les 6e ont la chair de poule, sous l’oeil amusé des 5e.

Après l’eucharistie, nous nous ruons tous devant le bureau de l’abbé-intendant. Hier dans la nuit, il a affiché la liste des tâches ménagères administrées à chacun. Certains restent balayeurs, d’autres sont affecté à l’intendance, aux dortoirs, aux salles de classes. Quelques ont le “privilège” de s’occuper des chambres des abbés et de la voiture de l’abbé-recteur. Quant à moi, je serai désormais “laveur de gamelles”. Les élèves de mon père s’amusent: apparemment voir le fils de mr KEDE cirer les gamelles est réjouissant.

Personnellement, ça ne me dérange pas plus que ça. A la maison, j’ai plus été habitué à balayer la cours et à aller vider les poubelles en brouette mais, je sais laver une gamelle quand même!  En plus, quand tu es laveur de gamelle, tu a le droit d’arriver 10 à 15 minutes après les autres en cours puisqu’il faut attendre que tout le monde ait fini de manger pour débarrasser et se précipiter vers les robinets. Du coup, après l’eucharistie, tu as du temps libre (mais il faut se faire discret car les abbés n’aiment pas de séminariste les bras ballants). Moi, je prends l’habitude de me réfugier à la bibliothèque où E. est responsable. Il je m’y passionne de la mythologie grecque et de l’histoire de La Rome Antique. et bientôt, Zeus, Athéna, et tous leurs compères aux noms sophistiqués n’auront plus de secrets pour moi.

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Chroniques d’un ancien séminariste #2: une semaine en immersion

20 December 2016
Chroniques d'un ancien séminariste: une semaine en immersion

Aujourd’hui, c’est officiellement la première journée des 6e en tant que séminaristes. Beaucoup ont déjà craqué hier, juste en voyant leurs familles repartir sans eux le soir. Un abbé nous a fait un sermont de bienvenue et nous a informés que si jamais l’idée de rebrousser chemin nous venait et que l’on quittait l’enclos du séminaire pour s’évader, “quelque chose” risquait de nous arriver sur la route (comme “un grumier qui nous fauche”) car “on n’abandonne pas la maison de Dieu comme ça”! Maintenant, nous sommes tous terrorisés et on se demande dans quelle galère on s’est mise en “acceptant” de venir ici même si beaucoup comme moi n’ont en fait pas eu le choix. Certains font partie de grandes familles, très respectées dont tous les fils y sont passés et d’autres sont juste des enfants récalcitrants qu’on a envoyés au “cachot” pour se faire remettre sur le droit chemin. Il y a bien des garçons – souvent issus de milieux modestes – pour qui le principal but est bien de devenir prêtre mais, la majorité est ici pour la qualité de l’enseignement.

Le réveil est difficile. La journée du séminariste est parfaitement chronométrée. La cloche retentit pour la première fois un peu avant 6h. Vous avez 10 à 15 minutes pour faire votre toilette. Il n’y a que trois robinets pour près de 500 séminaristes. C’est donc l’embouteillage. Les plus rusés font tout pour “réserver” leur eau la veille au soir, ou pour ne pas utiliser la totalité de l’eau qu’ils ont puisée la veille pour se doucher en fin d’après-midi. L’eau est si précieuse qu’il est fréquent de se faire voler le seau d’eau qu’on a mis de côté. Quoiqu’il en soit, vous devez tous être à la paroisse à 6h15, lorsque la cloche retentit pour la seconde fois. Là, débute une session de prières d’une vingtaine de minutes sans les abbés qui se préparent à côté pour l’eucharistie. Continue Reading

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Chronique d’un ancien séminariste: préface

19 December 2016
Chroniques d'un ancien séminariste

Généralement quand je l’énonce, mes interlocuteurs tombent presque toujours des nues: ma première vocation était de devenir prêtre. Enfin, je ne peux pas vraiment dire que je le voulais mais en tout cas, j’ai failli l’être.

Nous sommes en 2001, je suis en classe de CM2 à Obala où le padre, professeur d’allemand a été affecté depuis quelques années. Au Cameroun, en plus du CEP (Certificat d’Etudes Primaires) qui censure les années de primaire, il faut passer le concours d’entrée en sixième dans chaque établissement que tu souhaites intégrer. Je vais donc passer le concours au lycée d’Obala, au lycée bilingue de Yaoundé et plus surprenant, au petit séminaire Saint Joseph d’Efok, un petit village qui se situe à environ 30 – 40 minutes d’Obala.

A cette époque je n’en sais que très peu sur ce qu’est un petit séminaire. Je viens d’une famille catholique. J’ai grandi en me rendant à l’église chaque dimanche mais, depuis que la mater est partie c’est devenu occasionnel. Tout ce que je sais du petit séminaire c’est qu’il s’agit d’un internat de jeunes garçons. En plus de donner cours au lycée d’Obala, le pater s’y rend également 2 fois par semaine pour y donner cours. Continue Reading