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Chronique d’un accro au poulet

3 January 2017
Le blog du Bledard - chronique d'un accro au poulet

[Article rédigé pour la première fois en 2012]

Dernièrement nous tapions les divers (au Cameroun ça veut dire que nous discutions) ; il y avait une amie et des gens que je rencontrais pour la première fois et, nous étions tous noirs comme le derrière d’une marmite habituée au feu de bois. Nous nous sommes lancés dans une de ces conversations nerveuses, le genre qui cogne les têtes, qui donne des ailes et peut provoquer un arrachage de tissage facilement. D’ailleurs j’énonce ici la loi du Blédard (cf. Loi de Godwin):

«Plus une discussion dure longtemps entre ou avec des individus mélanodermes d’ascendance Africaine, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant la traite négrière occidentale et la colonisation européenne s’approche de 1 »

(Vous l’aurez vue ici en premier). Et voilà que pour apaiser l’atmosphère, ma cop’S (ma pote) croît bon d’évoquer mon addiction pour le poulet et mon slogan « In Chicken We Trust ». Eza danger !

Un individu tout ce qu’il y a de plus nuisible, aux allures de faux marabout, guérisseur de bountys, conscientiseur de consciences et probablement petit fils de Toutankhamon s’en est trouvé fort agacé.

« Ca ne te dérange pas de faire d’un cliché pareil sur les noirs un fond de commerce ? »

« Non, ça va merci ! ».

Là, il me prend en charge et me reproche de contribuer à ternir l’image des noirs avec de telles – je cite – « stupidités ». Hein ?! Stupi-quoi ah ? A ce moment j’avoue, ma tension grimpe à quarante-cinq-virgule-soixante-trois degrés, mes narines se dilatent, mes oreilles picotent et mon cœur se met à battre comme les petits tambours que les sénégalais mettent souvent sous les aisselles là (dédicace à Lexx). Je le regarde de haut en bas comme pour dire « toi c’est même qui oh ? On te paye pour déranger les gens ? ». Le doigt posé sur la tempe, je sors alors spontanément : «mon ami tu es fou ? ». J’essaye de reprendre mes esprits et je lui dis (de manière beaucoup plus brouillonne dans la réalité) :

« Bon. Ecoute-moi bien Apophis des temps modernes. Il semblerait que toi et moi n’ayons pas été présentés. Mais, si tu es de ces personnes qui se prennent pour des noirs américains, prends-moi là où tu me trouves là, et dépose-moi ici même tout de suite ! Tu comprends ? Que tu aimes épouser et vivre avec les problèmes des noirs américains ou encore réciter leur histoire mieux que la tienne n’engage que toi et ta famille hein. Moi je ne suis pas là dedans. Peut-être que ça n’a jamais été le cas pour toi mais moi j’ai connu ce que c’est que de courser un poulet du village bien musclé ( à l’opposé des anorexiques des supermarchés d’ici, de lui couper la tête et de le regarder danser le logobi décapité avant de se faire déplumer à l’eau chaude et de se faire frire. Mon Amour pour le poulet est sincère, profond et ne se résume donc pas à un simple coup de foudre farfelue au détour d’un KFC à Chatelet ou d’une scène dans Barbershop, Soul plane, Big mama, etc. Je suis désolé si aux Etats-Unis, associer consommation de poulet et noir renvoie à de la pauvreté mais, au Cameroun, il est un plat nommé poulet DG qui comme son nom l’indique n’est réservé qu’au Directeur Général. Nous n’avons vraisemblablement pas les mêmes problèmes alors, si tu n’es pas content, saute, cale en l’air en position de moine bouddhiste, attrape tes noyaux et commence à jongler avec en comptant à l’envers. »

Vexé, il s’apprête à surenchérir lorsque je l’arrête :

« Mes oreilles sont en grève mon frère, parle à mes fesses »

Et je tourne les talons en le laissant – certainement – déblatérer sur ma carence en manioc.

Ceci dit, j’aime le poulet mais autant je peux en manger toute une semaine, autant je compte sur les doigts d’une main le nombre de fois où je me rends au KFC par an. Officieusement, c’est peut-être faute de moyens mais officiellement, je trouve que KFC simplifie un peu trop sa cible d’origine Africaine qui constitue la majeure parie sa clientèle (déjà juste en île de France). Si l’on suit la loi de Pareto (je le dis sans aucune étude, ni preuve, juste à mon instinct ou du moins en fonction de mon amour à moi et mon entourage pour le poulet), nous sommes sans doute 20% à réaliser 80% du chiffre d’affaires de l’enseigne. Pourtant, nous devons nous contenter d’un mannequin métis de temps en temps dans leurs spot publicitaires. Pour avoir travaillé sur le sujet lors de mes études au Royaume – Uni, je vais vous souffler en partie pourquoi : les entreprises dites “mainstream” savent que les noirs (et autres groupes ethniques) s’identifieront toujours dans des publicités mettant en scène des caucasiens (la norme) mais n’osent pas essayer l’inverse. Et ceci en dépit du fait que les marketeurs soient certains qu’intégrer des minorités dans leurs publicités fait considérablement grimper le chiffre d’affaires auprès de celles-ci.

 

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