Chroniques

Chronique d’un ancien séminariste: préface

19 December 2016
Chroniques d'un ancien séminariste

Généralement quand je l’énonce, mes interlocuteurs tombent presque toujours des nues: ma première vocation était de devenir prêtre. Enfin, je ne peux pas vraiment dire que je le voulais mais en tout cas, j’ai failli l’être.

Nous sommes en 2001, je suis en classe de CM2 à Obala où le padre, professeur d’allemand a été affecté depuis quelques années. Au Cameroun, en plus du CEP (Certificat d’Etudes Primaires) qui censure les années de primaire, il faut passer le concours d’entrée en sixième dans chaque établissement que tu souhaites intégrer. Je vais donc passer le concours au lycée d’Obala, au lycée bilingue de Yaoundé et plus surprenant, au petit séminaire Saint Joseph d’Efok, un petit village qui se situe à environ 30 – 40 minutes d’Obala.

A cette époque je n’en sais que très peu sur ce qu’est un petit séminaire. Je viens d’une famille catholique. J’ai grandi en me rendant à l’église chaque dimanche mais, depuis que la mater est partie c’est devenu occasionnel. Tout ce que je sais du petit séminaire c’est qu’il s’agit d’un internat de jeunes garçons. En plus de donner cours au lycée d’Obala, le pater s’y rend également 2 fois par semaine pour y donner cours.

Jusqu’ici, j’ai un parcours sans faute: je suis toujours 1er ou 2ème de ma classe. Le pater est fier de m’exhiber partout où il se rend et compte tout faire pour je reçoive la meilleure éducation possible. Je ne rencontre donc aucune difficulté pour me positionner dans le top 10 des candidats pour chaque établissement où je postule. Puis le verdict tombe: ce sera le petit séminaire Saint Joseph d’Efok.  Je suis un peu frustré, on a toujours vécu dans les petites villes: ESEKA (avant ma naissance), Sangmelima, Obala. Je n’ai jamais passé plus de 3 mois à Yaoundé, la capitale politique. Juste au moment où la famille s’apprête à s’exiler à Yaoundé, il faut que moi, je reste à Obala et que j’aille fréquenter dans un bled pommé. Je tente tant bien que mal de me rassurer: “fini le primaire, j’entre dans la cours des grands”.

Nous sommes à la fin des grandes vacances et les préparatifs pour la rentrée battent leur plein. Mon père m’emmène choisir la cantine qui va me suivre pendant toute ma scolarité. Une liste très détaillée de fournitures à acheter nous a été remise. Il est même précisé le nombre de pantalons, de paires de chaussures, de cadenas pour la cantine, et j’en passe. L’excitation des achats me fait presqu’oublier ma frustration du départ. Nous prenons la route du séminaire.

A mon arrivée tous les regards sont portés sur moi. J’entends chuchoter “regarde, c’est le fils de mr. KEDE”. Des gaillards de 2nd se précipitent pour m’aider à porter mes affaires et m’accompagner jusqu’à mon dortoir. Je suis euphorique, ils ont tous l’air super cools. Ma nouvelle vie va enfin commencer. Mais je vais très vite déchanter.

Le soir même, juste avant de me quitter, mon père me présente E., un cousin dont j’ignorais absolument l’existence. E. devient ainsi mon “gérant”. Le gérant fait office de grand frère. C’est lui qui t’accompagne pour que ta première année se déroule au mieux. Souvent en terminale, il est approché le soir de l’arrivée des 6ème par la famille. D’où le fait que certains paradent pour se faire démarcher par des familles aisées. Certains en ont fait un véritable business et gèrent ainsi plusieurs garçons en véritable tyrans. Car tu dois tout dire à ton gérant, lui confier tes sous (si tes parents ne le font pas directement), lui confier la moitié de tes vivres pour qu’il “garde”. Le gérant a presque tous les droits sur toi. C’est dur mais, ne pas avoir de gérant c’est être à la merci des autres séminaristes et c’est risquer de se voir racketter tous les jours. Heureusement pour moi, E. est mon cousin, en plus il n’a pas l’air si méchant.

(La suite après la pub :D)

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