Chroniques

Chroniques d’un ancien séminariste #2: une semaine en immersion

20 December 2016
Chroniques d'un ancien séminariste: une semaine en immersion

Aujourd’hui, c’est officiellement la première journée des 6e en tant que séminaristes. Beaucoup ont déjà craqué hier, juste en voyant leurs familles repartir sans eux le soir. Un abbé nous a fait un sermont de bienvenue et nous a informés que si jamais l’idée de rebrousser chemin nous venait et que l’on quittait l’enclos du séminaire pour s’évader, “quelque chose” risquait de nous arriver sur la route (comme “un grumier qui nous fauche”) car “on n’abandonne pas la maison de Dieu comme ça”! Maintenant, nous sommes tous terrorisés et on se demande dans quelle galère on s’est mise en “acceptant” de venir ici même si beaucoup comme moi n’ont en fait pas eu le choix. Certains font partie de grandes familles, très respectées dont tous les fils y sont passés et d’autres sont juste des enfants récalcitrants qu’on a envoyés au “cachot” pour se faire remettre sur le droit chemin. Il y a bien des garçons – souvent issus de milieux modestes – pour qui le principal but est bien de devenir prêtre mais, la majorité est ici pour la qualité de l’enseignement.

Le réveil est difficile. La journée du séminariste est parfaitement chronométrée. La cloche retentit pour la première fois un peu avant 6h. Vous avez 10 à 15 minutes pour faire votre toilette. Il n’y a que trois robinets pour près de 500 séminaristes. C’est donc l’embouteillage. Les plus rusés font tout pour “réserver” leur eau la veille au soir, ou pour ne pas utiliser la totalité de l’eau qu’ils ont puisée la veille pour se doucher en fin d’après-midi. L’eau est si précieuse qu’il est fréquent de se faire voler le seau d’eau qu’on a mis de côté. Quoiqu’il en soit, vous devez tous être à la paroisse à 6h15, lorsque la cloche retentit pour la seconde fois. Là, débute une session de prières d’une vingtaine de minutes sans les abbés qui se préparent à côté pour l’eucharistie.

L’eucharistie est un sacrement chrétien, un peu une messe à petite échelle car vous êtes invités à communier mais, la prédication du prêtre ne dure que quelques minutes. Pendant l’eucharistie, deux ou trois séminaristes (souvent un grand et deux petits) sont mis à contribution pour servir et une chorale de séminaristes rythme la cérémonie. A la fin, tous les séminaristes descendent directement se consacrer aux tâches ménagères.

Comme c’est notre première journée et qu’aucune tâche ne nous a pas encore spécifiquement été allouée, nous sommes tous invités à balayer les différentes cours du séminaire et ramasser les feuilles mortes. Puis, la cloche sonne une troisième fois pour marquer la fin des tâches ménagères et le moment du petit déjeuner. Au menu: bouillie à base de farine de manioc et beignets de farine. Le déjeuner est bref: il faut se dépêcher car le début des cours approche et il y a 2 sonneries espacées de quelques minutes. Si au second retentissement de la cloche, tu n’es pas encore installé dans ta salle de classe, il faut te mettre à genoux à l’endroit où tu te trouves et attendre qu’un abbé vienne s’occuper de ton cas avant d’aller en cours. La première semaine, les 6e sont épargnées. Nous sommes un peu les “stars” et beaucoup de faveurs nous sont faites. Les abbés sont très indulgents avec nous. Les 5ème nous mettent alors en garde

Profitez bien, ce n’est qu’un leurre, après vous allez vite tomber de haut et bientôt, vous découvrirez le vrai visage des abbés”.

Les classes se déroulent normalement jusqu’à midi. Contrairement à en France où il faut sans cesse changer de salle, ici une salle de classe vous est attribuée toute l’année et ce sont les professeurs qui viennent et repartent. Nous sommes une cinquantaine, voire soixantaine par classe et 4 ou 5,et même 6 par banc. Les premières affinités se créent et, certains gravent même leurs noms sur les bancs pour marquer leur territoire.

A midi, il faut remonter à la paroisse pour effectuer une simple prière (d’une vingtaine de minutes), puis descendre au réfectoire pour prendre le déjeuner qui commence toujours par le fameux Benedicite. Après le repas, s’ensuivent quelques minutes de pause puis les cours reprennent jusqu’à 4h30. Là, les séminaristes peuvent vaquer à leurs occupations: la plupart rejoignent les terrains de foot, d’autres s’adonnent à la lecture; certains montent à la paroisse pour jouer les balafons tandis quelques décident de faire leur lessive. Les plus malins commencent à puiser l’eau pour se doucher car vers 17h30, l’heure de la douche, c’est l’affluence. Nous n’avons que 30 minutes pour puiser l’eau et nous doucher car à 18h00, chacun doit être assis dans sa salle de classe pour les 2 premières heures d’études. Les abbés surgissent alors de leurs bureaux et se mettent à arpenter les couloirs tels des militaires, dans leurs soutanes noires, les bras croisés dans le dos, avec dans les mains, d’immenses fouets pour les retardataires et tous ceux qui oseront ouvrir la bouche durant les prochaines heures.

C’est à ce moment précis qu’à mon tour, je finis par craquer. Je réalise soudain que désormais, toutes mes journées vont ressembler à celle-ci. Il y a encore quelques jours, à la même heure, j’avais encore le droit de rester dans la cours, à jouer aux billes  avec mes amis au quartier Ekogassi à Obala.

Après ces 2 heures passées dans un silence de mort, il faut remonter à la paroisse pour la prière du soir. Puis redescendre au réfectoire pour le souper – qui commence toujours par ce truc qu’on appelle Benedicite. Pas de doute, Dieu nous reçoit H24 même s’il n’y a que très peu de réseau à Efok. Après le repas du soir, il faut de nouveau se rendre en étude jusqu’au dernier son de cloche qui retentit vers 21h30 et annonce le couvre-feu.

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1 Comment

  • Reply Chronique d'un ancien séminariste #3: que la fête commence! - Le Blog du Blédard 21 December 2016 at 21 h 53 min

    […] c’est lundi. La semaine d’immersion des 6e est officiellement terminée. Nous sommes désormais des séminaristes à part entière puisque […]

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