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Les gos et la famille

4 January 2017

[Article rédigé pour la première fois en 2012]
Mes frangines, ces pestes, me stalkent – comprenez m’espionnent – en véritables fouines sur Facebook. Comme ces vieilles concierges d’immeubles, elles scrutent la moindre photo sur laquelle j’apparais accompagné d’une go afin de dénicher THE scoop et d’en faire le kongossa avec ma génitrice. Pourtant, mes connaissances à nichons, elles en ont rencontrées, mais pas celles que j’ai chopées, aucune. D’ailleurs, elles ont déjà tenté à deux reprises et en vain – durant mes anniversaires – d’identifier celle qui m’extirpait ma modeste bourse pour des Tanga de chez Victoria Secret, ou pour une brésilienne hors de prix (car chez moi, on ne porte pas de tissage bas de gamme). Et je sais que plus ça va aller, plus leur curiosité va s’aiguiser et qu’un jour, je serai emmené à apaiser celle-ci. Et ce jour là, la pauvre élue sera passée au crible, de ses (éventuelles) extensions capillaires jusqu’aux orteils en passant par ses aptitudes à tenir un foyer. Ceci d’autant plus que je suis connu pour ne jamais lésiner sur les critiques, et encore plus à l’égard de mes potentiels beaux-frères:

“tu sais qu’il est vieux, non? On va penser que tu cherches les papiers”

“Il  manque un bout sur une dent du gars là, tu n’as pas vu ça quand il te draguait?”

“Un laid type comme ça, comment tu fais pour marcher avec ça? Il souille même. (Ce à quoi on me répond: “c’est toi qui couche avec?”)

“Ton type là est trop chiche (radin). Il ne sait pas qu’on met d’abord ses “beaux” (frères) en “haut” (cf. offrir des cadeaux) pour consolider les bases de son couple?” 

“Dis à ton man d’arrêter de discuter la nourriture chez la belle-famille, je wanda,etc.

Oui, j’ai tellement ouvert ma bouche sur le dossier des gens que tout le monde – pour ne pas dire ma mère et à mes soeurs – m’attend au tournant.

Car en plus, dans moult cultures Africaines, les soeurs ont acquis droit de parole sur le choix de votre dulcinée et possèdent une sorte de pouvoir officieux que cette dernière a plutôt intérêt à craindre lorsqu’elle apprivoise sa potentielle belle-famille. Droit Acquis car chez moi, la tradition ne leur octroie explicitement un pouvoir que lors des (impitoyables) rites de veuvage mais, notre passivité lorsqu’elles accablent nos compagnes s’expliquent par la légitimité qu’on leur donne en tant que femmes qui nous connaissent le mieux (et savent ce qui est bien pour nous). Souvent conseillères attitrées en matière de femmes, elles peuvent donc aisément passer – envers notre go – du statut de confidentes, alliées, complices à celui d’enquiquineuses, voire tortionnaires pour celles qui en abusent.

En revanche, rien de plus normal pour une mère que d’être exigeante avec sa (potentielle) belle-fille. C’est universel: aucune femme n’est jamais assez bien pour son fils. Et la mienne ne déroge pas à la règle: une Africaine à condition qu’elle soit au minimum issue de la même classe sociale que moi – c’est-à-dire la classe moyenne – et surtout qu’elle ait de bonnes manières, souvent subjectives en fonction de l’humeur de la mater. Opter pour une maghrébine serait acheter des problèmes en pack; une blanche risque de m’émasculer et de constamment vouloir me dominer; une antillaise serait beaucoup trop paresseuse et je m’attirerais les foudres de ses proches que les Africains horripilent; une indienne, kézako? Et une asiatique…Quelle idée! Il reste bien le choix d’opter pour une fille d’Amérique latine, mais là aussi je la vois bien me demander si je suis sûr qu’elle ne s’est pas faite enlever un pénis.

Voilà en partie pourquoi nous, mecs Africains, ou du moins d’origine, sommes les derniers à vouloir présenter notre go à nos proches: il ne faut pas se louper sinon ce sont elles qui ne vont pas la rater, et toi aussi par la même. Mais cela n’explique pas tout. Il y a aussi une bonne dose de respect et de pudeur. Il y a certaines choses qui ne se font pas chez nous, dira-t-on. En France, lorsque tu es en couple avec une blanche, au bout de quelques mois seulement – pour peu que tu ne tombes sur des Lepenistes – tu peux te retrouver en train de manger le gratin de la mère de ta nga et de corrompre son père avec un bon vin. Dans les familles traditionnelles Africaines où les notions de jeunesse/adolescence/adulescence sont encore prématurées si ce n’est extrinsèques, le seul moment où tu croiseras le père de ta copine sera en décalé: toi sortant pas la fenêtre en caleçon, pantalon et chaussures dans les mains, et lui te courant après, armé et invoquant divers ancêtres pour l’aider à pester contre toi.

Puis, aux yeux des parents nous seront toujours ces gosses innocents, qui feintent le sommeil ou l’éparpillement chaque fois que deux personnes se déshabillent à l’écran en leur présence; qui ne sont pas sensés forniquer mais à qui on demande seulement de traîner les grosses têtes dans un centre de dépistage de temps à autres.  Ramène donc une go, puis une seconde – même en l’intervalle d’un an – et on te demandera vite si tu as confondu la maison familiale avec un bordel. Oui, faire défiler les petites amies est aussi mal vu que manger la bouche de sa go en public (french kiss) ou encore passer les mains sur ses grosses fesses sous les yeux écarquillés de mamies ménopausées en plein bus.
Généralement, le seul moment où tu t’assoies en face de tes parents pour leur parler d’une damoiselle, c’est soit pour amorcer sur des éventuelles fiançailles, soit parce que tu l’as accidentellement mise en cloque et te retrouves dans le pétrin.

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