Chroniques

Hein? Le quoi? Qu’est-ce que t’appelles le racisme anti-blanc?

9 April 2017

L’autre jour, je rentrais d’un stage avec une connaissance blanche. Nous étions dans le métro A (Lyon).  D’ailleurs j’aimerais trop faire une web-série dans les transports en commun. Je trouve que c’est une excellente tribune pour s’exprimer sur certains sujets. Chacun fait mine de faire sa vie, d’écouter sa musique ou de lire le 20 minutes mais en fait, tout le monde se comporte en véritable maquerelle (commère), toujours prêt à tendre l’oreille ou à guetter son voisin à travers son reflet sur la vitre.

Bref, j’étais donc avec cette connaissance, étudiante en Lettres (c’est un détail qui compte) et je ne saurais vous dire comment mais,  nous en sommes arrivés à parler de racisme. “Passionné” comme je suis, je me mets évidemment à parler de la cause noire jusqu’à ce que mon amie blanche m’interrompt:

Oui, bah le racisme existe partout hein! Tu fais quoi du racisme anti-blanc?

A ce moment, je  suis perdu. C’est un peu comme si on venait de me dire “cochon Halal”.  Autour, les gens ont un sourire complaisant, l’air de dire “elle a raison”. Mais moi, je ne comprends toujours pas. C’est vrai, je connais le racisme, une idéologie qui part du principe qu’il existe des races et que celles-ci sont hiérarchisées  mais, “racisme anti-blanc”, ce néologisme m’est aussi inconnu que le “racisme anti-noir”. Du coup je lui demande:

Hein? Le quoi? Qu’est-ce que t’appelles le racisme anti-blanc?

Bah, quand je passe dans certains coins, je me fais traiter de “sale blanche” ou “sale babtou”! Si c’est pas du racisme ça, à un moment faut arrêter de voir le racisme que dans un sens.

Ahhh! Là, tu parles des agressions raciales (couplées à du sexisme des fois mais c’est un autre sujet)! Ca, tout le monde peut en avoir droit! Désolé, mais en tant qu’étudiante en lettres, tu es censée savoir que les mots ont un sens. Et il faut faire la distinction entre agressions raciales et racisme. 

Non mais Will, tu te fous de ma gueule là, c’est quoi la différence entre agression raciale et racisme???! Hein???

Bah, les agressions raciales sont des comportements, et le racisme est une idéologie.  Une idéologie peut conduire à des comportements mais des comportements n’induisent pas forcément une idéologie.

Tu te la racles  et tu joues sur les mots là!

Bah en fait, ce que je t’explique c’est que c’est pas le mec qui me traite de “sale noir” qui me pose problème! Car tout comme celui qui te traite de “sale blanche”, je pense que leur objectif  est surtout de nous blesser comme lorsque l’on traite une personne en surpoids de “sale gros.se”.  Mais en fait, rien ne nous prouve qu’ils se pensent supérieurs à nous. C’est leur inconfort qu’ils expriment.

En revanche, moi, celui qui me pose problème, c’est celui qui rit avec avec moi, qui dit adorer l’Afrique, avoir des amis noirs et tout le tralala mais qui défend ses privilèges lorsqu’il s’agit de t’accorder un poste à responsabilité ou de te confier autre chose que des tresses plaquées, du ménage, de la zumba ou plus généralement le boulot d’exécutant.

Car non, ne nous trompons pas, être raciste ce n’est pas “détester les noirs” (les goûts et les couleurs….fionton fionton) mais c’est leur attribuer une place/catégorie juste en fonction de leur couleur de peau. Toi, tu peux fuir les quartiers chauds pour ne plus te faire traiter de “sale blanche” et aller te confronter au mépris de classes dans des quartiers bobos mais, un noir, quand bien même il naît bobo, se fera toujours traiter de “sale noir”. C’est ça le racisme.

J’ai eu des amis blancs qui ne se considéraient pas comme racistes mais qui, aussi cancres qu’ils étaient, ne concevaient pas que je puisse leur expliquer un devoir (“c’est quand même pas un noir qui va m’enseigner”, se disaient-ils je pense) mais étaient les premiers à me demander de leur apprendre comment faire un moonwalk.

Si c’est le fait de ne pas avoir une “oppression” à toi, de ne pas avoir le CRAN et compagnie comme défenseurs qui te chagrine, je veux bien te céder ma place. Lorsque tu auras du mal à obtenir un logement, un boulot, un crédit bancaire et autre juste parce que tu es blanche, là, on pourra discuter des discriminations que subissent les blancs. Mais pour l’heure, arrête de biaiser le débat sur le “racisme” comme le font les politiques et les médias. Au lieu  de regarder ce que ça te coûte d’être “blanche” dans les quartiers dits “sensibles”, regarde plutôt tous les privilèges ou si tu préfères, “avantages” que tu as en étant “blanche”. 

Après, qu’un noir dise que les blanc.h.e.s ne savent pas danser et ne courent pas aussi vite que les noirs, oui, je te l’accorde, c’est du racisme. Mais, avec du recul, tu constateras qu’il a juste ingurgité les théories raciales qu’on lui sert depuis des siècles.

Je pense qu’il est temps de remettre les points sur “i” et de redonner aux mots leurs sens. Le mot “racisme” est aujourd’hui galvaudé et utilisé à toutes les sauces. Il est devenu “à la mode” et par conséquent son emploi dans le langage “populaire” le vide de son essence même. Car oui, il y a des bouquins (Gobineau) qui théorisent la pensée raciale. On ne naît pas raciste, on est conditionné pour. Et en France, il y a beaucoup de “racistes qui s’ignorent”. Le racisme “anti-blanc” au même titre que le racisme “anti-noir” (ou “anti-chinois”) n’existe pas. Ce qui existe, c’est le racisme. Une idéologie dans laquelle ceux qui sont en haut de l’échelle et ceux qui se trouvent au plus bas sont toujours les mêmes.

Les agressions raciales et la xénophobie sont universelles. Mais le racisme trouve son fondement en Occident. Alors oui, nous subissons tous des agressions raciales/sexistes mais, certains, beaucoup, en plus subissent le racisme (d’ailleurs, certain.e.s parlent du racisme “systémique” “institutionnel” ou “d’état”).

Lifestyle

Playlist: Les 6 sons afros que j’ai le plus écoutés en janvier

27 January 2017
Playlist afro: les sons afros qui m'ont le plus enjaillé

Malgré la Janviose – En Afrique la janviose est le nom donné à la dèche qui survient après les fêtes, pendant le mois de janvier dont on a l’impression qu’il est interminable – il faut quand même garder le rythme. Bon, j’avoue que janvier est (beaucoup) trop tôt pour déceler les futurs hits afros de l’année. Du coup je partage avec vous mes coups de coeurs, la plupart sont récents mais datent de 2016 mais, je ne les ai découverts que récemment. Enjoy! Continue Reading

Chroniques

Chroniques d’un ancien séminariste #6: joue la comme Samuel Eto’o

22 January 2017
Chroniques d'un ancien séminariste: joue-la comme Eto'o

Aujourd’hui, tous les sixièmes sont rassemblées dans leurs salles de classe pendant la pause. Ils doivent composer les équipes pour le tournoi de football du Petit séminaire.

Depuis tout à l’heure, je ne sais pas si c’est parce que je suis cool ou parce que je suis le fils du professeur d’allemand mais, les capitaines qui ont été désignés, se disputent ma personne pour leurs équipes. Comment leur dire? Je suis nul au foot. Pire: je déteste le foot. Le concept de courir après un ballon pendant quatre vingt dix minutes me dépasse et, celui de s’asseoir pour regarder d’autres courir après un ballon de foot pendant quatre vingt dix minutes me dépasse encore plus. Mais comme le football fait presque figure de religion au pays des lions indomptables, j’ai pris l’habitude de taire cette aversion pour ne pas me faire indexer.

Pourtant, papa qui était gardien de but durant ses études en Allemagne, a toujours tout fait pour me transmettre la passion du foot.  Seulement, tous les ballons qu’il m’a offerts ont au mieux terminé chez un cousin, un voisin ou un grand du quartier, au pire au fond d’un puits. Je l’entends encore hurler les soirs de matchs des lions, alors que tout le quartier était rassemblé dans notre salon pour profiter de notre téléviseur:

“Je dis hein, c’est même quelle qualité d’homme qui est toujours dehors quand il y a match là?”

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Chroniques

Chroniques d’un ancien séminariste #5: l’entrée en scène de Pita

18 January 2017
Chroniques d'un ancien séminariste: l'entrée en scène de Pita

Aujourd’hui, c’est notre premier cours avec le professeur de latin.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa réputation l’a déjà précédé. Dans le séminaire, on le surnomme “Pita”.

Pita est un néologisme latin qui dans le langage des séminaristes signifie pâte d’arachide. La pâte d’arachide est l’aliment de base du séminariste. Non seulement elle est utilisée pour préparer la sauce d’arachide qu’il mange tous les jours, mais en plus, chaque séminariste doit d’avoir son pot de pâte d’arachide dans sa cantine pour tenir entre les repas et compenser les maigres portions. La pâte d’arachide a l’avantage de se conserver très longtemps à température ambiante. On la mange nature, légèrement salée ou sucrée, avec des bobolos, bâtons de manioc, ou avec du pain. Certains lorsqu’ils la préparent – car il est inimaginable d’opter pour de la pâte industrielle, de toute façon c’est peu répandu – y ajoutent du « mbounga » ou « bifaga », poisson fumé prisé par les ménages camerounais et que j’ai particulièrement en horreur. Avec la pâte d’arachide, le sacro-saint Tapioca est l’un des principaux aliments qui composent les vivres du séminariste. Cette fécule produite à partir de racines de manioc amer séchées puis traitée se mange avec de l’eau (qui la fait gonfler) et du sucre. Mais les séminaristes rivalisent d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de la mixer avec d’autres ingrédients pour le rendre plus consistant: certains le mangent avec du lait, d’autres y ajoutent de la pâte d’arachide ou des graines d’arachides crues; il y en a même qui y vont avec du chocolat à tartine tandis quelques effrontés (et aisés) font le tout à la fois. Les gens ont tellement faim qu’ils n’ont même plus peur de la diarrhée.  Continue Reading

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Les gos et la famille

4 January 2017

[Article rédigé pour la première fois en 2012]
Mes frangines, ces pestes, me stalkent – comprenez m’espionnent – en véritables fouines sur Facebook. Comme ces vieilles concierges d’immeubles, elles scrutent la moindre photo sur laquelle j’apparais accompagné d’une go afin de dénicher THE scoop et d’en faire le kongossa avec ma génitrice. Pourtant, mes connaissances à nichons, elles en ont rencontrées, mais pas celles que j’ai chopées, aucune. D’ailleurs, elles ont déjà tenté à deux reprises et en vain – durant mes anniversaires – d’identifier celle qui m’extirpait ma modeste bourse pour des Tanga de chez Victoria Secret, ou pour une brésilienne hors de prix (car chez moi, on ne porte pas de tissage bas de gamme). Et je sais que plus ça va aller, plus leur curiosité va s’aiguiser et qu’un jour, je serai emmené à apaiser celle-ci. Et ce jour là, la pauvre élue sera passée au crible, de ses (éventuelles) extensions capillaires jusqu’aux orteils en passant par ses aptitudes à tenir un foyer. Ceci d’autant plus que je suis connu pour ne jamais lésiner sur les critiques, et encore plus à l’égard de mes potentiels beaux-frères:

“tu sais qu’il est vieux, non? On va penser que tu cherches les papiers”

“Il  manque un bout sur une dent du gars là, tu n’as pas vu ça quand il te draguait?”

“Un laid type comme ça, comment tu fais pour marcher avec ça? Il souille même. (Ce à quoi on me répond: “c’est toi qui couche avec?”)

“Ton type là est trop chiche (radin). Il ne sait pas qu’on met d’abord ses “beaux” (frères) en “haut” (cf. offrir des cadeaux) pour consolider les bases de son couple?” 

“Dis à ton man d’arrêter de discuter la nourriture chez la belle-famille, je wanda,etc.

Oui, j’ai tellement ouvert ma bouche sur le dossier des gens que tout le monde – pour ne pas dire ma mère et à mes soeurs – m’attend au tournant. Continue Reading