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Cameroun

Chroniques

On est pas tous des godemichés sur pattes!

15 April 2017

Quand j’étais au Cameroun en 2014 et alors que j’écumais les bars (le miel attire les abeilles, il paraît, fichez-moi la paix aka!), nous sommes tombés  sur une fille un peu dépravée que mes accompagnateurs (des locaux) semblaient bien connaître. Elle s’est installée à notre table et a commandé une bouteille de 33 Export “bien glacée”, au frais du “mbenguiste” (celui qui vient de France) que je suis, bien sûr! Est-ce que je pouvais refuser? J’avais le choix? En plus au pays les  gos lèvent le coude (boivent) comme des vikings! Yeuch!

On a donc commencé à taper les divers (discuter) avec la miss qui se lance avec un véritable détachement dans un récit qui s’est avéré vraiment macabre en fin de compte:

“Gars, je te dis qu’hein, l’autre soir, je sortais de BT (boîte), quand un chouagne (insulte camerounaise) m’a suivi en me draguant. Je lui ai dit “va là-bas, sapak (insulte camerounaise)” mais le gars a insisté jusqu’à il m’a conduit dans un coin sombre et a commencé à me tripoter puis *Bip* puis *bip*. Quand il a fini, un pote l’a rejoint, et a aussi commencé à *bip*, un autre est venu mais j’ai commencé à les supplier donc lui il a juste *bip*.

Elle parlait avec une telle désinvolture qu’il m’a fallu du temps pour tilter et réaliser qu’en fait, elle nous racontait son viol collectif comme s’il s’agissait d’une vulgaire mésaventure. Là, mon sang s’est glacé, ma bière est devenue imbuvable. Peut-être que ma réaction aurait été totalement différente si  je ne côtoyais pas des femmes engagées (j’en doute), mais toujours est-t-il que lorsque j’ai manifesté mon ahurissement et que je lui ai demandé si elle s’était rendue chez les mbérés (la police), les autres ont éclaté de rire et disant que j’avais trop passé du temps chez les biblos (les blancs).

La principale concernée, elle, m’a juste répondu, en s’emparant de sa bière:

“aka mon frère, on va faire comment? Allons seulement”. 

C’est à ce moment que j’ai compris que son air de “dépravée” venait peut-être du  fait qu’elle se sentait souillée et qu’à ses yeux son corps n’avait plus aucune valeur. Un de plus un de moins, ça change quoi?

Pourquoi je te raconte ça seulement aujourd’hui? Comme tu as du le comprendre, j’écris chaque fois que je suis confronté à une situation et que je me dis que ça pourrait parler à d’autres. Donc si demain, on se rencontre et que tu dérapes, mon frère / ma soeur, sache qu’il y a de fortes chances pour que tu finisses dans un de mes billets (anonymement hein). Yako! Je parle trop!

En fait, dernièrement, je parlais du Cameroun à une personne (non camerounaise) et notamment de la vulgarité dans la musique camerounaise, de la condition des femmes et j’en suis arrivé à relater ce récit pour parler de la culture du viol au pays. Une personne que je connais bien, camerounaise comme moi, a alors cru bon de relativiser mon propos en disant ceci:

“Oui, mais certaines le veulent et aiment ça hein! T’inquiète”

“Hein que quoi? Mouf!  Qu’est-ce que tu dis qui est laid comme ça, gars?”

Bon, je t’épargne l’intégralité de notre échange ponctué d’insultes camerounaises mais,  dès le début le gars me dit “oui, mais toi, t’es bizarre, t’es pas normal”.  J’ai l’habitude!  Parce que ce qu’il faut savoir, c’est que pour la plupart de mes homologues masculins, je suis une espèce en voie de disparation… Ou d’apparition! Bref je suis une licorne (tant mieux, c’est Hype en ce moment les licornes)! Pourquoi? Parce qu’on ne voit jamais mes gos ou plans culs/tinder (du coup on se demande à quel râtelier je mange exactement, comme si c’est ce que je faisais de mes fesses qui payait tes factures! ); parce que je n’aime pas le foot et que je passe plus de temps à danser en boîte qu’à essayer de choper;  parce que je suis majoritairement suivi par des gos mais que je n’en “profite” pas. Bref tout le monde se demande si le roi Dagobert chez moi est très actif! Et comme si cela ne suffisait pas, maintenant en plus je connais des “afroféministes” et la signification “d’intersectionnalité”. On va encore respirer?

Entre nous, toute cette ambiguïté autour de ma personne ne me gène absolument pas, bien au contraire. Je suis vraiment ravi d’être un tout et son contraire à la fois. La plénitude, c’est pas donnée hein.  Si j’avais eu à passer les rites d’initiation et grimper sur un rhinocéros  pour “devenir un homme ” dans mon village, je serais mort dans la brousse! De toute façon, si être un mec, un vrai c’est se comporter comme un godemiché sur pattes, et bien, je  refuse d’en être un. Le cerveau, la raison et la conscience ce n’est pas pour les hippopotames (seulement) hein.  Si être un mec, un vrai,  c’est être un “tordu”, “pervers”, se laisser guider par ses pulsions et être un potentiel violeur parce “qu’elles le cherchent un peu” , je décampe même! Mieux encore on me castre une fois!

On pourrait croire que ce billet est démago, complaisant et qu’il vise surtout à me donner bonne image auprès des femmes mais que nenni (j’aime trop écrire cette expression, mais je la prononce toujours comme un vrai blédard, on dirait du Lingala)! Oui, il y a une grande part d’humanisme; oui, mes lectures actuelles y sont pour beaucoup. Mais si je me sens autant concerné par la cause féminine, c’est que je sais que lorsque les femmes auront réinstauré leur égalité, les hommes “virils, mais pas assez” auront la paix.

Chroniques

Chroniques d’un ancien séminariste #5: l’entrée en scène de Pita

18 January 2017
Chroniques d'un ancien séminariste: l'entrée en scène de Pita

Aujourd’hui, c’est notre premier cours avec le professeur de latin.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa réputation l’a déjà précédé. Dans le séminaire, on le surnomme “Pita”.

Pita est un néologisme latin qui dans le langage des séminaristes signifie pâte d’arachide. La pâte d’arachide est l’aliment de base du séminariste. Non seulement elle est utilisée pour préparer la sauce d’arachide qu’il mange tous les jours, mais en plus, chaque séminariste doit d’avoir son pot de pâte d’arachide dans sa cantine pour tenir entre les repas et compenser les maigres portions. La pâte d’arachide a l’avantage de se conserver très longtemps à température ambiante. On la mange nature, légèrement salée ou sucrée, avec des bobolos, bâtons de manioc, ou avec du pain. Certains lorsqu’ils la préparent – car il est inimaginable d’opter pour de la pâte industrielle, de toute façon c’est peu répandu – y ajoutent du « mbounga » ou « bifaga », poisson fumé prisé par les ménages camerounais et que j’ai particulièrement en horreur. Avec la pâte d’arachide, le sacro-saint Tapioca est l’un des principaux aliments qui composent les vivres du séminariste. Cette fécule produite à partir de racines de manioc amer séchées puis traitée se mange avec de l’eau (qui la fait gonfler) et du sucre. Mais les séminaristes rivalisent d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de la mixer avec d’autres ingrédients pour le rendre plus consistant: certains le mangent avec du lait, d’autres y ajoutent de la pâte d’arachide ou des graines d’arachides crues; il y en a même qui y vont avec du chocolat à tartine tandis quelques effrontés (et aisés) font le tout à la fois. Les gens ont tellement faim qu’ils n’ont même plus peur de la diarrhée.  Continue Reading