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Cahier d’un retour au pays natal #3

Publié sur 0 Commentaire 3 min. de lecture

Octobre 2018 – Malgré les tensions liées à la situation socio-politique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun depuis la fin de 2016, et l’organisation des élections présidentielles de 2018, je suis allé me ressourcer en famille au pays quelques jours. C’était très bref mais revigorant. Cette fois, nous avons logé dans le quartier résidentiel de Bastos. C’est une zone essentiellement connue pour héberger de nombreux expatriés, les whites, comme on dit au pays.

Lorsque j’y étais, j’ai volontairement fait abstraction des questions liées au tribalisme montant, aux élections et à la crise anglophone. Après trois mois de convalescence, tout ce dont j’avais vraiment besoin, c’était de me vider l’esprit, en mangeant du Soya, en dansant du Bikutsi et en sifflotant une Mutzig bien glacée. C’est égoïste par rapport aux populations qui souffrent mais, chaque chose en son temps. Pour la petite anecdote, pour l’investiture du président – la routine – toute la circulation était bloquée à Yaoundé. Imaginez-vous un peu vous retrouver en plein bouchon, avec un sérieux mal de ventre et l’envie d’aller aux toilettes sur fond de titre « Supporter » des artistes Locko et Mr. Léo… Je me suis mis à maudire le gouvernement et toutes ces personnes que je croisais avec ce pagne à l’effigie du parti au pouvoir.

Ce qui m’impressionne toujours chaque fois que je rentre au pays, c’est de voir tous ces acteurs du système informel, ces hommes, femmes et enfants qui restent assis toute la journée au soleil ou arpentent toute la ville, plateau à la tête, vendant des fruits, arachides, de l’eau, etc. Pour se faire environ 10€ à la fin de la journée (quand les affaires marchent bien). Voir autant de personnes se battre au quotidien pour si peu fait immédiatement relativiser quant à ses propres préoccupations financières de Mbenguiste (personne qui vit en Europe). Des fois, j’ai même envie d’acheter tout le plateau en une fois pour permettre à certain.e.s de passer une belle journée. Pourtant, une fois de retour en France, nous oublions vite ces réalités, rattrapé par cette spirale qu’est la vie en Occident.

« Pour vivre à Yaoundé, il faut l’expérience »

C’est décidé: dès que j’en aurais l’opportunité (une vraie), je retournerai moi aussi vivre en Afrique. Pourtant Dieu seul sait combien des fois j’ai eu à perdre patience face aux mentalités… Mais force est de constater qu’il n’y a qu’au pays que je retrouve ce sentiment de bien être que j’ai perdu il y a un bon bout de temps en France.
Ce n’est pas tant dans un élan de patriotisme ou pour suivre la mouvance qui pousse les mieux nantis (disons-le) à exhorter tout le monde à rentrer au pays comme eux. Non, c’est plutôt cette sensation qui veut que l’on se sente mal dans sa peau dans le confort de l’Occident et très bien chez soi malgré les réalités. Bon après, est-ce que ce sera nécessairement le Cameroun, je ne sais pas… Le pays là est spécial. Comme on dit d’ailleurs là-bas: si on t’explique le Cameroun et que tu comprends, c’est qu’on ne t’a pas bien expliqué

Dans le quartier d’Elig-Essono, où se trouve la maison familiale de mes grands-parents maternels, cet homme, Aboki est une légende. Ce commerçant Soya (viande grillée très populaire au Cameroun et Nigéria) a vu grandir des générations et des générations, dont celles de ma mère et la mienne. C’est fascinant de se dire qu’il n’a pas changé d’emplacement depuis près de cinquante ans.

Wilfried ESSOMBA-KEDE
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