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Comment la cuisine Ouest-Africaine explose Outre-Manche grâce aux réseaux sociaux…Et à l’Afrobeat

Publié sur 0 Commentaire 4 min. de lecture

Outre- Manche et Outre-Atlantique, dernièrement les réseaux sociaux sont devenus le théâtre d’une guerre sans merci entre les diasporas Nigériane et ghanéenne pour le titre du meilleure « riz Jollof ». Festivals, concours, chansons, vidéos d’affrontement, joutes verbales, clashs Twitter, c’est de loin le beef culinaire de cette décennie. Ces affrontements bon enfant et parfois (très) hilarants alimentent les conversations aussi bien dans la rue que sur la toile et contribuent à promouvoir la cuisine Ouest-Africaine à travers les réseaux sociaux.

PHOTO par TOBY GLANZILLE et SOPHIE DAVIDSON

C’est une bataille qui a impliqué – malgré eux – hommes politiques, célébrités et même le fondateur de la plateforme Facebook, Marc Zuckenberg, celle de la conquête du trône du pays qui a le meilleur riz Jollof. En 2014, le célèbre chef britannique Jamie Oliver suscite des milliers de réactions indignées sous des hashtags comme #JollofGate auprès de la diaspora africaine en publiant sa propre interprétation du « Jollof rice » sur son site internet. « Le riz Jollof de Jamie Oliver a meurtri mon âme » peut-on lire. En 2017, Lai Raufu Mohammed, ministre de l’Information au Nigéria, est interrogé sur le pays où l’on mange le meilleur riz Jollof. Pensant être interrogé sur l’origine du plat, ce dernier cite le Sénégal et s’attire les foudres des internautes qui parlent de trahison et invoquent « les dieux du riz Jollof« . La même année, en visite au Nigeria, Mark Zuckerberg, décide de goûter au riz Jollof. Conscient des guerres régionales qu’il a provoquées, il s’exprime de façon diplomate sur le sujet. « Hier, j’ai eu du riz jollof et des crevettes. Il était délicieux, fantastique. On m’a dit de ne pas comparer le riz Jollof du Nigeria à d’autres pays voisins». Bien évidemment, les nigérians récupéreront ses propos pour signifier qu’il a pris parti. Même la chanteuse Keri Hilson s’y aventure, sans prendre trop de risques.

Le riz Jollof ou riz gras est un plat dont la particularité repose à la fois sur les ingrédients principaux, le riz et la sauce tomate, et l’accompagnement d’un assortiment d’épices qui différent selon les régions. C’est un plat populaire dans différents pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale, du Nigéria au Ghana, en passant par la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la Sierra Leone…Et surtout le Sénégal d’où la recette viendrait originellement. En effet, nigérians et ghanéens auront beau se targuer d’être les meilleurs cuistots du riz jollof que la similitude entre cet intitulé et le nom du peuple Wolof (Sénégal, Gambie, Mauritanie) et surtout l’Empire Djolof ne laisse aucun doute quant à la paternité de ce plat appelé bènn tchin  – « cuisiné en une seule marmite » – en Wolof. Pourtant, c’est bien du côté des anglophones que ce plat originaire d’un pays d’Afrique francophone reçoit le plus de publicité, aiguisant la curiosité de la toile, amusée par ces tensions gustatives. Aux Etat-Unis, un festival consacré au plat a même vu le jour et la dernière édition s’est tenue le 17 août 2019. D’autres initiatives telles que le Jollof Rice Day , le World Jollof Day ou les soirées Jerk X Jollof ont depuis eu lieu, attirant de plus en plus de participants. Au-delà de sa tendance à susciter des débats, le riz Jollof est en réalité un fédérateur panafricain très efficace. Considéré comme « surcôté » pour certain.e.s, ce plat symbole de fierté et revendication pour la diaspora d’Afrique de l’Ouest permet pourtant la promotion de la culture culinaire de cette sous-région du continent noir. Il est en quelque sorte une fenêtre sur une gastronomie africaine en plein essor.

Au Royaume-Uni en particulier, la cuisine africaine a souvent souffert de préjugés: fortes odeurs, signe de pauvreté et bien d’autres. Pendant de nombreuses années, la culture noire britannique se résumait souvent à la culture antillaise. Ceci s’explique notamment par le fort ancrage des populations caribéennes présentes sur le territoire anglais depuis des générations. Mais aussi grâce au renfort d’événements tels que le Carnaval de Nothing Hill, la plus grosse manifestation caribéenne d’Europe, qui attire chaque année les foules pendant quelques jours. Mais désormais, la cuisine Ouest-Africaine s’incorpore également dans l’identité noire britannique grâce à la nouvelle génération et l’explosion de la musique Pop nigériane et de l’Afrobeat qui domine les charts anglais. Tout ceci a contribué à aider les jeunes africains nés en Grande-Bretagne à revendiquer leur patrimoine culturel. Selon Vice Magazine, «des musiciens comme Wizkid et Tiwa Savage ont considérablement mis en avant le glamour d’Ikoyi – quartier huppé de Lagos – et de Victoria Island, à Lagos, à un tout nouveau public en Grande-Bretagne. De même, les publications dans les médias sociaux et la couverture par la presse britannique de l’exposition d’art contemporain Dak’Art au Sénégal, de la Fashion Week de Lagos et du Chale Wote Art Festival au Ghana révèlent le dynamisme de la culture ouest-africaine. Des idées telles que celles-ci remettent en question les conceptions du Sénégal, du Nigeria et du Ghana, ainsi que la culture alimentaire. »

Grâce à cette guéguerre digitalisée, les jeunes afro-descendant.e.s braquent ainsi l’attention sur la cuisine d’Afrique et n’ont pas peur d’associer influences occidentales et cuisine traditionnelle, à l’image de la diaspora chinoise lorsqu’elle a dû exporter ses mets. Jusqu’à présent, la plupart des restaurants et épiceries visaient essentiellement à combler les besoins des immigrés. Même si certain.e.s y voient un risque de gentrification, la nouvelle génération, plus que jamais, est bien décidée à coloniser ses pairs avec sa gastronomie.

Wilfried ESSOMBA-KEDE
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