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En Business, les noirs ne seraient pas “solidaires” entre eux? Bullsh*t

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Je rencontre de plus en plus d’entrepreneur·e·s dépité·e·s et qui disent ne plus vouloir cibler le marché “afros” parce que selon elles/eux, les noir·e·s ne consommeraient pas, négocieraient, demanderaient des crédits ou mieux, gratteraient des produits.

Je connais très bien cette frustration. En tant qu’entrepreneur, avec mon site de vente, j’ai moi-même constaté qu’il y avait un immense fossé entre les gens qui “Like” et les personnes qui achètent. A un moment, j’avais même presque plus de clients dont les noms avaient des consonances européennes qu’africaines. Pour autant, je me suis toujours refusé le droit de jeter l’opprobre sur une communauté à partir de ma seule expérience. Et, j’avoue, ça a tendance à m’horripiler d’entendre mes congénères emprunter ce genre de raccourcis simplistes et véhiculer cette idée selon laquelle les noirs ne seraient pas solidaires entre eux.

“Les Noirs ne sont pas solidaires entre eux”. Ah bon? Sais-tu seulement que la diaspora sénégalaise envoie à elle seule plus d’argent au pays que l’Aide au développement? Connais-tu les Bamilékés du Cameroun, souvent surnommés les «juifs du Cameroun» et comment se sont construites les plus grandes fortunes camerounaises? Les systèmes de tontines dans lesquels sont impliquées nos mères et tantes (certaines sont dans 3000 tontines à la fois), ça te parle ?

Si tu es frustré·e parce que les “noir·e·s” ne consomment pas assez chez toi, c’est certainement parce que tu les considères avant tout comme des “noir·e·s” et non comme des consommateurs et consommatrices.

Lorsque l’on pense business et que l’on est dans une démarche mercantile, il est de bonne augure de s’épargner les susceptibilités mal placées, de se remettre en question et de se demander pourquoi l’on a du mal à toucher sa cible.

Pourquoi n’achète-elle pas et se tourne-t-elle vers d’autres acteurs? Oui certes, et il y a des poncifs (colonisation, complexes, aliénation, rivalités, etc. tralala) propres à nos communautés mais en entrepreneuriat, se faire aimer est un luxe que seules quelques marques et/ou entreprises peuvent se targuer d’avoir. Nous, en tant qu’entrepreneurs, ce que nous voulons, c’est de combler un ou plusieurs besoins et surtout, être indispensables. Tu sais que ton produit ou service est bon lorsque cette personne là qui ne peut pas te voir en peinture apprécie secrètement ton travail.

Les noir·e·s – au même titre que les autres – sont solidaires mais les meilleurs réseaux sont confidentiels et très discrets. A titre personnel, je côtoie et m’implique dans différents projets de personnes sur la même longueur d’ondes que moi et je suis très méfiant avec qui je fais rentrer dans mon cercle. Et je pense que c’est à peu près pareil partout.

Si la valeur ajoutée de ton projet c’est juste ton taux de mélanine et que tu ne mises que dessus pour appréhender certains cercles, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche.

De toute façon, il n’y a rien de gratifiant quand une personne ne consomme chez toi que parce que tu es « noir·e ». Enfin c’est mon avis.

Alors, peut-être devrions-nous arrêter de véhiculer ce genre d’idées sur nos communautés pour émettre des critiques concrètes et constructives. Par exemple indexer les entreprises afros où le service est médiocre et valoriser celles qui font des efforts pour le service, pour avoir une identité graphique, faire des photos de qualité. Arrêtons de penser la Noirie comme un gigantesque village ou « tout le monde il est beau, il est gentil , kumbayamaya».

Wilfried ESSOMBA-KEDE
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